Radio Dreyeckland Libre

Capleton au Grillen

La météo est particulièrement douce à Colmar en ce jeudi 20 août 2015 à 20 h lorsque s’ouvrent enfin les portes du Grillen.

Life & Creation Sound créé en 2003 par Pupa Leev’up a le privilège de chauffer la salle avec des titres résolument roots mais plutôt digital. Bientôt rejoint au micro par Tribuman vêtu d’un t-shirt à l’effigie de Symbiz, baggy, casquette et veste en jeans. Ce trompettiste et chanteur strasbourgeois aussi à l’aise sur du reggae que des rythmique drum & bass, hip-hop ou funk, a déjà officié au sein des formations Jammin’ Orchestra ou Skannnibal Schmitt et a partagé la scène avec des pointures jamaicaines comme Israël Vibration, Lee « Scratch » Perry, Jamaïca All Stars, Rico Rodriguez ou Luciano.
Les titres « Longtime Ready », « Soundboy », « In Love », « French Accent », « Mercedes » accompagnés de quelques soli de trompette donnent envie de découvrir son dernier album « Digital Raggamuffin ». A 21 h, Life & Creation cède la place aux 4 musiciens jamaicains du Prophecy Band composé des incontournables basse-batterie-guitare et d’un claviériste arborant fièrement un t-shirt du No Logo Festival. Le quatuor démarre sur un meddley prometteur, le temps pour l’ingénieur du son de supprimer quelques grésillements désagréables. Jah Thunder avec t-shirt à l’image recto/verso de Bob Marley, turban et lunettes de soleil interprète avec énergie « When The Thunder Roll », « Blessing », « Have You Been Heart » en version a cappella et « Fire » sur le Martial Arts riddim en duo avec son cousin Capleton. Ce nom d’un avocat jamaicain connu pour ses dons d’orateur est donné à Clifton George Bailey, né en 1967 à Islington dans la paroisse de St Mary.
Il déménage en 1985 à Kingston où il rencontre Prince Emmanuel et découvre l’ordre des Bobo Shanty, une des nombreuses obédiences du mouvement rasta. Il créée alors « David House » sa fondation située dans le quartier de Papine, pour venir en aide aux jeunes de ce ghetto. En sont issus des artistes comme Jah Mason, Fantan Mojah, Military Man, Moses I ou Jah Thunder présent à ses côtés ce soir. Après avoir secoué les festivals No Logo et Rototom Sunsplash, Capleton surgit sur la scène du Grillen avec un bel uniforme mauve assorti au turban et lamé d’or dans le dos. Il se lance avec fougue dans un combat à voix nue, contre un monstre qu’il terrasse en moins d’une heure : le public colmarien impatient et désordonné. Des perles comme Mi Deh Yah (Foundation riddim), Raggy Road (Satta riddim), Stand Tall (Mean Girl riddim), Wha Dis (Tropical Storm riddim), Hunt You (Hurricane riddim), Good In Her Clothes (Hotta Fire riddim), Who Dem (Bellyas riddim), Fireman Anthem (Chinkuzi riddim), Wings Of The Morning (Still Dre riddim), Dem No Like Mi (Tekk On riddim), Or Wha (Steps riddim), That Day Will Come (Hard Times riddim), Jah Jah City (Liberation riddim) sont entrecoupées de pull up et de briquets allumés notamment pour Acres (Indiscretion riddim) sa ganja tune de circonstance. En effet, le gouvernement jamaicain vient de promulguer une loi en rupture avec le passé répressif du pays. Mais la population a du mal à saisir la pertinence des limites imposées, à savoir : 5 plants, 2 onces, 1 acre. Si chacun peut cultiver chez soi jusqu’à 5 pieds, stocker sa récolte et la consommer, en revanche, son transport reste interdit. La saisie de moins de 2 onces (56 grammes) est passible d’une simple amende de 500 dollars jamaicains (4 euros).
Au-delà le détenteur risque d’être inculpé de trafic et incarcéré. Une agence d’état attribue des licences de culture à des entreprises privées, avec un plafond d’une acre (4000 m²) par licence.
Capleton comme tous les rastas s’en balance, il a tout donné, il ruisselle à force d’haranguer la foule et de sauter comme un cabri. Les derniers couplets de Jah Protect Us sur le Heavenly riddim s’éteignent au bar derrière la tireuse à bière.

A 23 h, le public colmarien s’en retourne comblé prêt à en découdre avec Droop Lion & The Gladiators le 4 octobre, Jehro le 30 octobre ou Broussai le 14 décembre dans ce même temple musical et grâce à l’organisation millimétrée de l’association Live. Big up à Seb, au staff du Grillen et à très vite pour de nouvelles aventures reggae en Centre Alsace !

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Reggae-Est